On connaît le burn-out, l'épuisement par la surcharge. Son contraire existe, il est tout aussi ravageur, et personne n'ose en parler.

On connaît tous le surmenage. Le fameux burn-out, celui qui fait la une des magazines.
Mais que se passe-t-il quand le problème n'est pas l'excès de travail, mais son absence ?
Il existe un mal silencieux, exactement inverse, et tout aussi dévastateur. Le bore-out. L'épuisement par l'ennui.
Le terme a été popularisé par Christian Bourion, docteur en sciences économiques, spécialiste de la gestion du travail, dans son livre « Le bore-out syndrom ».
L'histoire raconte qu'il aurait croisé ce mot un peu par accident, en faisant des recherches sur le burnout, et découvert qu'il était déjà utilisé par des milliers d'internautes pour décrire une seule chose : un ennui au travail si profond qu'il en devient accablant.
Et les chiffres surprennent. Selon Bourion, le bore-out toucherait environ 30 % des travailleurs, contre 10 % pour le burn-out.
Près d'un tiers des salariés, donc. Ceux qui s'ennuient un peu, et ceux qui, plus gravement, n'ont presque plus rien à faire de leurs journées.
Sur le papier, ça fait rêver. Être payé sans rien faire. Le Saint-Graal, pour certains.
On discute, on joue sur son téléphone, on devient champion de Candy Crush. Ça occupe. Un temps.
Et après ?
La réalité est plus cruelle. Ce vide engendre un sentiment de solitude et une impression tenace d'inutilité. Subir des tâches sans intérêt, c'est déjà démoralisant. Mais l'absence totale de travail utile nous met face à l'absurde.
Le paradoxe, c'est que l'inaction épuise.
Une étude menée sur des rats l'aurait même illustré. Elle est rapportée par Bourion, et vient du Laboratoire de biologie du comportement et physiologie de l'Université de Nancy-I. Trois groupes de rats auraient été placés dans des boîtes différentes : la première stimulante, avec des jeux ; la deuxième stressante, avec des chocs électriques ; la troisième dans un vide total, sans aucune stimulation.
La surprise ? Ce serait dans la troisième boîte, celle du rien, que la mortalité aurait été la plus forte.
Pourtant, avouer qu'on ne fait rien au travail, c'est presque interdit.
Il est bien plus acceptable, socialement, de se dire débordé. En retard. Injoignable. Combien de gens font semblant d'être occupés, parfois sans même s'en rendre compte, juste pour justifier leur présence ?
Si vous doutez, un petit test. Au prochain repas de famille, dites que dans votre travail, vous n'avez rien à faire, que votre travail n'intéresse personne, et que vous êtes bien payé pour ça.
Observez les réactions.
J'en parle avec aisance aujourd'hui. Mais mon parcours n'a pas toujours été clair.
Pendant mes années de salariat, le plus lourd n'était pas la charge. C'était de feindre l'implication dans les projets des autres. Une mise en scène épuisante. Certains projets m'ont bien accroché par moments. Mais au quotidien, mon engagement s'effritait.
Je simulais de l'enthousiasme pour des choses qui, au fond, ne m'intéressaient pas. Et l'argent ne compensait rien. S'il fallait un responsable, c'était moi. Alors j'ai décidé de changer.
J'ai tenté une reconversion. La boulangerie. Comme beaucoup de cadres de la grande entreprise parisienne qui m'employait, je rêvais d'un vrai métier. Travailler de mes mains.
Trois ans d'efforts. Et pas de succès. La vérité, c'est que je n'étais pas très bon. Et sans doute un peu inconscient.
Même après mon arrivée au Canada, le problème m'a suivi, comme un bagage dont on n'arrive pas à se défaire. Nouveau pays, nouveau métier, même racine.
J'ai fini par comprendre. Ce n'étaient pas les métiers qui n'allaient pas. C'était qu'il leur manquait, à tous, une chose que je n'avais pas encore su nommer.
La révélation est venue avec le coaching, puis mon métier de formateur, et enfin ma façon actuelle de travailler.
Ce qui me manquait, c'était l'équité.
Dans le salariat, les objectifs sont fixés par d'autres. La place est fixée par d'autres. On avance dans le projet de quelqu'un d'autre.
Et on est payé pareil qu'on croule sous les dossiers ou qu'on regarde le plafond. C'est ça, le bore-out : de l'argent sans contrepartie. Un salaire qui n'a plus rien à voir avec ce qu'on fait.
Dans l'affiliation, chacun part du même point. Pas de hiérarchie qui me coiffe, pas de but imposé d'en haut. Je définis mes propres objectifs, ceux qui me ressemblent.
Et ce que je touche suit ce que je fais. Ni plus, ni moins.
On dit que les promesses n'engagent que ceux qui y croient. Ici, il ne s'agit pas de promesses, mais d'engagements que je prends envers moi-même, en conscience.
Ce n'est pas magique, et ça demande du travail. Mais c'est un travail qui m'appartient. Ni ennui à meubler, ni surcharge à subir. Un projet à moi, à mon rythme, à ma main.
Si vous vous reconnaissez dans le surmenage, ou dans son contraire silencieux, l'ennui, ça vaut la peine de s'arrêter un instant.
Pas pour tout plaquer. Juste pour se demander ce qui manque vraiment.
Pour moi, c'était l'équité. Et le jour où je l'ai nommée, tout est devenu plus simple.
Et vous, c'est quoi, votre parcours ?

On recommande tous un resto, une série, une crème, sans jamais être payé pour ça. L'affiliation ne crée pas ce réflexe, elle le rémunère. C'est le sujet de ce blog, pour les gens du quotidien, comme moi, comme vous, qui veulent améliorer leurs revenus sans tout changer
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